OrelSan : le chant de la rage

VÉNÈRE_ Dans son nouvel album, le Caennais ne lâche rien. Au contraire, le buzz autour de son nom et de ses textes l’ont empli d’une rage salvatrice qui ne transparaissait pas sur son premier album.

En soirée mondaine, avant, balancer le nom d’OrelSan, c’était comme lancer un pavé dans la mare. Depuis Sale Pute et Saint-Valentin, le rappeur de Caen était rangé dans la catégorie des beaufs misogynes bas de la casquette qu’apporte le flot actuel du hip-hop. Avec Le Chant des Sirènes, sortie lundi 26 septembre, presque premier des charts et déjà en repressage, le buzzman de 2009 semble s’être racheté une conduite. Du rap conscient, « ironique (…), lucide, (…) évolutif » selon le portrait – assez complaisant – dont l’honore Libération le 29 septembre.

Du B-Boy au gendre idéal

Le B-Boy 2.0 a effectivement évolué. Les cheveux peignés ont remplacé la boule à zéro et la casquette. Le pull cintré le hoody zippé fluo. OrelSan a désormais le physique du gendre idéal, ou celui des professeurs, banquiers, comptables qu’il fustige dans Plus rien ne m’étonne .

Perdu d’Avance, en 2009, était l’histoire d’un grand ado de 27 ans qui entre à reculons dans la vie d’adulte. Le chômage, les soirées, les meufs, les soirées, les jeux vidéo, les soirées. Un quasi diptyque pour une écriture mi-sérieuse, mi-punchline. La chronique d’une génération paumée, majoritaire et silencieuse. Une sorte de Klub des Losers de province qui, comme son homologue versaillais, manquait d’impact et, sorti du buzz, ne suscitait que peu d’intérêt.

 

« Retourner l’Opinel entre les points de suture »

Le Chant des Sirènes change carrément la donne. Son passage au « Grand Journal » le jour de la sortie de l’album sonne d’ailleurs comme une revanche. Figé mais le sourire en coin quand il balance ses punchlines, applaudies par le public, c’est surtout dans ses yeux et dans son attitude qu’Aurélien impose la nécessité de son faux alter-égo OrelSan.

Revenu des polémiques faciles autour de Sale Pute ? Pas franchement, et tant mieux. Le Chant des Sirènes est un album qui a la rage. Plus malin que ses détractrices, OrelSan distille cette colère accumulée à travers des titres efficaces et bien sentis.

Si t’as la fureur de vaincre, moi j’ai la rage de perdre
Je prends même plus la peine de répondre à vos clashes de merde
J’prêterai ni mon buzz, ni mon temps
J’verserai ni ma sueur, ni mon sang.
(…) Merci quand même pour le coup de pub
Merci aux chiennes de garde pour le coup de pute.

RaelSan, le titre le plus réussi, est cet exutoire tant attendu qui remet les pendules à l’heure. Suicide social ou Plus rien ne m’étonne sont des chroniques d’un monde à la dérive. Aurélien Corentin, 29 ans aujourd’hui, a fait du chemin et en a bavé depuis Perdu d’avance. Tant mieux pour nous, tant mieux pour lui.

Le reste de l’album jure peut-être à côté de l’aboutissement de certaines lyrics. Comme il l’a confié au Parisien/Aujourd’hui en France, « Le Chant des Sirènes est l’évolution du précédent ». On peut largement se passer de quelques chansons (La petite Marchande de porte-clefs ou Double vie sont du mauvais Doc Gynéco), mais certains autres titres rappellent le OrelSan efficace d’antan (Des Trous dans la tête, 1990 et 2010).

Un point de rupture entre Docteur Aurélien et Mister OrelSan qui donne au Chant des Sirènes une assez bonne photo d’un hip-hop 2011. Le livret de l’album reflète cette schizophrénie entre la rage et la volonté de la punchline. Seules les quatre chansons les plus fortes et personnelles de l’album (Raelsan, Le Chant des sirènes, Si seul, Suicide social) y figurent. Au final, est-il besoin de s’appesantir plus sur les autres titres ?

La dualité naïve rappelle surtout que OrelSan chante encore et toujours pour lui et tous les ados attardés, majorité silencieuse d’aujourd’hui, celle « élevée par la télé, par la PlayStation ».

 

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